Quand Attali empoisonne les médias
On regretterait presque que ce soit bientôt l’été tant on est rhabillés pour l’hiver ! Selon Jacques Attali, l’homme-orchestre de la pensée française (qui joue parfois un peu faux), « les trois-quarts des entrepreneurs empoisonnent le monde », « exploitent les gens », et gouvernent « en dictateurs ».
Rien que ça. En une phrase, il a réussi à fusionner les procès de Nuremberg, une AG chez Total, et un CE sous Prozac. Nous sommes habitués à être caricaturés par la CGT. Mais si même Attali s’y met…
Alors bon. Je suis entrepreneur. Patron d’une petite boîte. Une TPE. Pas une multinationale qui rachète l’Amazonie pour la transformer en parking, non. Juste un mec qui essaie de faire bosser proprement une équipe de gens talentueux, en respectant les lois, les collaborateurs, les galères de trésorerie et même les congés paternité (sauf le mien).
Alors c’est vrai, parfois je râle. Je râle contre les charges qui explosent, contre les clients qui veulent un devis à 23h47, contre l’IA qui écrit des articles deux fois plus vite que mon rédacteur préféré (coucou Didier). Mais je ne pense pas empoisonner le monde. Au pire, je l’assaisonne un peu.
Quant au “dictateur”, parlons-en. Le vrai dictateur dans ma boîte, c’est Google Agenda. C’est lui qui décide de mes pauses pipi, de mes déjeuners sans déjeuner, de mes réunions qui ne commencent jamais à l’heure pour ne jamais finir. Moi, je suis plutôt le mec qui essaie de trouver suffisamment de clients pour payer tout un tas de monde dont la plupart n’ont jamais mis les pieds dans notre boite.
Tu as oublié, sans doute, que la majorité des patrons en France, ce sont des artisans, des commerçants, des indépendants.. qui n’ont ni yacht ni carte au Fouquet’s. Ils ont juste un banquier qui fait la gueule quand il voit l’état de leur compte et un expert-comptable insomniaque.
Alors, Jacques, on t’aime bien. Tu as prédit mille choses (dont quelques-unes se sont réalisées), tu écris plus vite que ton ombre et tu parles encore plus vite que tu n’écris. Mais si tu veux désigner des coupables, commence par les vrais : les pollueurs qui maquillent leurs bilans carbone comme des CV de stagiaire, les quelques grandes entreprises qui oublient trop souvent leurs valeurs, surpaient leur dirigeant salarié et licencient à tour de bras avec le sourire d’un DRH sous Lexomil, les actionnaires qui veulent 15% de rentabilité quoi qu’il en coûte…
Pendant que tu dénonces les « empoisonneurs », nous on essaie de vivre, et même parfois de survivre. Juste avec des idées, de la sueur, un peu de culot. Un entrepreneur ça créé au lieu de rester le cul sur le canapé du salon. Ca imagine, ça ose croire en demain, ça investit, ça met en mouvement… Parce que bien plus que tous les qualificatifs dont tu les affubles, les entrepreneurs sont avant tout les grand optimistes de notre société.
Même quand ceux qui n’ont depuis longtemps rien dirigé d’autre qu’un débat télé nous traitent de dictateur.